La semaine de quatre jours en primaire est la grande innovation de la rentrée. Parents et enseignants se félicitent de disposer d'un week-end complet. Mais quel intérêt pour les enfants, qui devront apprendre plus en moins de temps ?
Pouvoir faire la grasse matinée le samedi... Plus que les nouveaux programmes, voilà l'information essentielle de cette rentrée scolaire pour Clotilde, Parisienne débordée, mère de deux filles de 8 et 10 ans. Comme ses enfants, plus de 6,5 millions d'élèves de primaire reprendront le chemin de l'école, le mardi 2 septembre, pour une année qui, cette fois, se découpera en semaines de quatre jours seulement (lundi, mardi, jeudi, vendredi).
Jusqu'alors, un peu plus de 20 % des établissements de premier degré expérimentaient ce rythme. Conformément à la décision du ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos, largement soutenu, et même poussé, par Nicolas Sarkozy, c'est désormais l'ensemble des quelque 55 700 écoles française qui s'y plieront.
L'initiative, prise sans aucune concertation avec des syndicats de l'éducation réputés susceptibles, et annoncée presque sans préambule en direct sur TF 1 le 27 septembre 2007, a pourtant été bien accueillie par les parents et les enseignants.
La perspective de profiter de week-ends complets, plus en phase avec les modes de vie actuels, a de quoi séduire. Elle soulage notamment les couples divorcés, qui minimisent ainsi le casse-tête de l'organisation des gardes partagées, et peuvent passer deux soirées de suite (vendredi, samedi) en compagnie de leur progéniture.
Les enseignants aussi se frottent les mains. S'il n'existe pas de statistiques officielles sur l'absentéisme du samedi, un haut fonctionnaire de l'Education nationale reconnaît que ce jour-là, en maternelle notamment, il arrivait aux professeurs de sécher leurs propres cours et d'organiser des "tours de garde" entre collègues afin d'accueillir des élèves eux-mêmes deux ou trois fois moins nombreux.
Les professionnels du tourisme, qui jouent un rôle important dans l'organisation des calendriers scolaires (lire ci-contre) se félicitent également. Après les 35 heures, la semaine de quatre jours : une occasion de plus pour les familles urbaines de partir se mettre au vert le week-end. Oui, tout le monde a intérêt à la fin de l'école le samedi. Tout le monde sauf, peut-être, les élèves...
Les écoliers français travaillent plus que leurs voisins européens : 936 heures de cours par an, contre une moyenne européenne inférieure à 800. Mais leur apprentissage est aussi plus concentré : 140 jours annuels, contre 188 pour les Finlandais. Cette organisation plus dense est aussi plus fatigante.
Les chercheurs et les chronobiologistes l'affirment: concentrer tout l'apprentissage sur quatre jours va accentuer le phénomène. Dans leur livre Aménager le temps scolaire (Hachette Education), l'ancien inspecteur de l'Education nationale Georges Fotinos et François Testu, professeur de psychologie, démontrent que la semaine de quatre jours génère des phénomènes de rupture encore plus marqués. Les mardis soir, vendredis soir et samedis soir, les élèves veillent plus tard et donc récupèrent moins bien. Les plages de travail à moindre performance - retour et veille de congés - sont multipliées.
Dans une tribune publiée sur le site du pédagogue Philippe Meirieu (www.meirieu.com), Hubert Montagner, chronobiologiste et ancien directeur de recherche à l'Inserm, affirme qu'il est "physiologiquement et psychologiquement impossible" pour les enfants d'être "suffisamment réceptifs, lucides et disponibles" durant six heures. D'autant que les nouveaux programmes, centrés sur les fondamentaux (lire ci-contre), exigent une plus grande concentration.
L'historien de l'éducation Antoine Prost, initiateur d'une pétition contre la suppression du samedi, pointe, lui, un paradoxe : alors que 10 à 15 % des jeunes entrant en sixième sont incapables de suivre, on réduit la durée de l'enseignement, avec des programmes encore plus lourds.
"Du temps libre pour parfaire l'éducation de certains, mais les autres?"
Dans L'Ecole abandonnée. Lettre à Xavier Darcos (Calmann-Lévy), Jack Lang, ancien ministre de l'Education nationale, juge en outre cette mesure discriminatoire. D'après lui, ce sont les moins favorisés qui pâtiront le plus. "Ce temps libéré permettra peut-être à des enfants privilégiés de parfaire leur éducation; mais les autres? ... L'un des effets pervers de votre réorganisation du temps scolaire sera d'accroître le fossé social et culturel entre les enfants."
Même si des activités de soutien - deux heures par semaine, réparties différemment selon chaque école - seront prodiguées à ceux qui en auront besoin, les activités périscolaires, elles, ne seront jamais les mêmes d'une famille à l'autre. Le samedi libéré, dans les quartiers défavorisés, conduira plus sûrement les enfants à errer dans les rues qu'à batifoler dans les champs...
La nouvelle circulaire sur l'organisation du temps scolaire n'impose pas la semaine de quatre jours : selon la loi, le mercredi matin peut parfaitement être travaillé. Xavier Darcos y est très favorable. Les maires, beaucoup moins. L'an passé, seuls 6 % des établissements avaient opté pour cette formule. Si elle devait se généraliser, la responsabilité en reviendrait aux élus.
Dès lors, il leur faudrait mettre en place des transports scolaires, des cantines, des employés municipaux. Evoquant un "sentiment de pagaill", Jacques Pélissard, président de l'Association des maires de France, a demandé à Xavier Darcos de reporter la mesure d'un an. En vain. La nouvelle semaine de quatre jours suscite donc beaucoup d'interrogations. Et une certitude : elle débutera le 2 septembre, quoi qu'on en pense.
(Source: L'express)