L’intersection des routes commerciales de Microsoft et d’Adobe sur Internet semble désormais destinée à générer de la rivalité, là où auparavant se trouvait des occasions de partenariat. Ces deux compagnies cherchent à dominer le marché de nouveaux programmes qui changeront l’interaction entre les ordinateurs personnels et le Web.
Les deux compagnies ont souvent collaboré par le passé, et Adobe est l’un des principaux fabricants de logiciels pour les ordinateurs qui fonctionnent avec le système d’exploitation Windows de Microsoft. Les deux compagnies se sont déjà certes affrontées, mais généralement, elles ont choisi de s’en tenir à leur coin respectif de l’arène technologique.
Aujourd’hui cependant, chacune de ces compagnies dévoilera des programmes qui se positionnent carrément sur le terrain commercial de l’autre, mettant aussi en scène une bataille de plus grande envergure pour déterminer la façon dont seront développés les services et les programmes Internet de l’avenir. Les deux firmes visent à être le principal fournisseur de programmes de pointe offrant des fonctions de vidéo et d’animation sur le Web.
Microsoft dévoilera aujourd’hui une version test de son programme Silverlight, un logiciel de création d’applications avancées pour le Web. Voilà une traditionnelle chasse gardée d’Adobe, que cette firme a dominé avec des produits comme le programme Flash pour l’animation Web et la vidéo.
Adobe, de son côté, donnera un aperçu de son nouveau programme Adobe Media Player, un programme gratuit qui permettra aux gens de visionner des vidéos sur leur ordinateur personnel, ce qui est le domaine presque exclusif de Windows Media Player de Microsoft, entre autres. Adobe prépare aussi une technologie répondant au nom de code Apollo, pour permettre aux compagnies de créer des programmes Flash qui s’installent sur le disque dur de l’ordinateur tout en pouvant tirer de l’information d’Internet.
Les nouveaux programmes des deux compagnies aideront les sites Web à gérer la vidéo, l’animation et d’autres caractéristiques de façon plus dynamique qu’ils ne le font couramment. Major League Baseball, pour un, entend se servir de Silverlight de Microsoft pour ajouter - en temps réel - scores, statistiques et autres caractéristiques interactives à la quinzaine de parties de baseball diffusées quotidiennement en continu sur son site Web.
Le site d’enchères en ligne eBay développe actuellement un programme basé sur la technologie Apollo d’Adobe, qui permettra aux utilisateurs d’acheter et de vendre beaucoup plus facilement des articles sur le site. Attendu d’ici les prochaines semaines, le programme sera connecté à Internet pour lui permettre de mettre les données à jour continuellement. Les utilisateurs pourront sauvegarder plusieurs semaines de résultats de recherche sur le disque dur de leur PC et passer rapidement en revue les articles à vendre dans une fenêtre séparée, sans avoir à se taper le va et vient fastidieux entre les pages d'un navigateur.
L’enjeu central de cette bataille technologique est donc l’évolution de l’interaction des programmes informatiques avec Internet. De façon générale, les programmeurs ont développé des logiciels installés et fonctionnant exclusivement sur le disque dur de l’ordinateur tandis que les concepteurs Web se sont contentés de créer des sites Web.
À chaque fois qu’une compagnie a osé mettre au défi le système d’exploitation de Microsoft - qui s'appuie sur cette tradition de cloisonnement dans le développement informatique - le géant du logiciel s’est laissé choir de tout son poids sur ce nouveau rival, de façon à repousser ses avancées commerciales. Il y a dix ans, ce rival se nommait Sun Microsystems et son programme Java, un langage de programmation permettant l’écriture de programmes exploitables en dehors de Windows. Un autre compétiteur notoire a été Netscape, dont le programme de navigation Internet présentait une menace que Microsoft a éventuellement écartée avec son propre navigateur Web.
Flash d’Adobe devient graduellement la fondation sur laquelle s’appuient des applications en ligne qui ne fonctionnent pas seulement sur des ordinateurs Windows. «Microsoft craint qu’Adobe ne réussisse à convaincre pour de bon les fabricants de programmes d’utiliser Flash pour le développement d’applications Web», a dit Greg DeMichillie, un analyste à la firme Directions on Microsoft. «C’est tout comme la menace Java, mais cette fois, avec une technologie beaucoup plus solide à la clé.»
Flash d’Adobe a été lancé en 1996, et ce programme ne posait pas de menace à l’empire Microsoft à l’époque puisque les concepteurs Web s’en servaient surtout pour afficher de la vidéo ou de l’animation assez élémentaires. Au cours des dernières années toutefois, la frontière entre programmes et Web s’est estompée graduellement avec l’émergence de services Internet comme le site de partage vidéo YouTube. Ces services accomplissent en ligne des tâches habituellement dévolues à des logiciels avec l’aide de Flash et d’autres nouveaux outils, dont Flex d’Adobe. Ils fonctionnent grâce à une communication bilatérale entre l’ordinateur de l’utilisateur et un serveur – un ordinateur éloigné qui entrepose les données d’un site Web. Lorsqu’un utilisateur interagit avec ces services en ligne, le programme sur le serveur accomplit la majeure partie du travail, tandis que le programme sur le PC de l’utilisateur a peu à faire.
Cet état de choses est appelé à changer avec une nouvelle vague de programmes – dont ceux que présenteront aujourd’hui Microsoft et Adobe – qui constituent une hybridation de logiciels traditionnels et de services en ligne. Ils peuvent être installés sur un ordinateur et profiter des ressources de la machine, comme des puces d’accélération vidéo ou graphique, et ainsi offrir des fonctions avancées ou améliorer sensiblement leur rendement. Ils peuvent aussi tirer en tout temps des données d’Internet.
La nouvelle technologie Apollo permettra justement aux concepteurs de logiciels et de services en ligne d’utiliser Flash pour créer de tels programmes, qui s’installent sur le disque dur mais puisent constamment des données en ligne. Un exemple de l’application de cette technologie: le programme Adobe Media Player, construit avec Apollo, qui laisse les utilisateurs voir leurs vidéos favorites en ligne dans le même environnement que les clips déjà sauvegardés sur le disque dur de l’ordinateur. Les utilisateurs pourront aussi classer et commenter des clips directement à partir du programme de lecture. Les studios de production télévisuelle et autres pourront incorporer des publicités aux vidéos et personnaliser l’apparence du programme de lecture pour que celui-ci reflète les couleurs de leurs marques respectives.
Quant à Silverlight de Microsoft, ce programme est similaire à Flash: il s’agit d’un programme que l’on installe sur le disque dur pour profiter de caractéristiques ou de fonctions avancées proposées par des sites Web. Les responsables de Microsoft soulignent particulièrement certaines caractéristiques de Silverlight – semblables à celles qu’offre déjà Adobe – telles la capacité de superposer du contenu comme des publicités et autres visuels à des vidéos. «Major League Baseball pourrait se servir de cette fonction pour ajouter des caractéristiques dynamiques à ses vidéos en continu de parties en direct, reconstituant par exemple l’effet de se trouver vraiment dans le stade où se joue un match», a dit ce sujet Justin Schaffer, vice-président aux nouveaux médias, Major League Baseball.
Microsoft a aussi conçu un ensemble d’outils destinés à aider les compagnies à développer de telles fonctions avancées. Expression Studio de Microsoft entre donc en compétition directe avec la nouvelle suite de programmes lancée dernièrement par Adobe, Creative Suite 3.
Microsoft cherche aussi à égaler Flash sur un autre plan en permettant à Silverlight de fonctionner sur les ordinateurs d’Apple et les navigateurs Web autres que ceux de Microsoft, comme Safari et Firefox. Les programmes Flash fonctionnent déjà tant sur les Mac que les systèmes d’exploitation Windows, ainsi que sur de multiples navigateurs Web.
Microsoft a toute une pente à remonter. Flash est déjà une technologie standard sur des millions de sites Web. Aussi, les améliorations apportées par Adobe à ses programmes de la famille Flash avec des technologies comme Apollo pourraient séduire les fabricants de programmes et détourner leur attention – et leurs budgets – des programmes Windows.
source: http://www2.canoe.com/techno/nouvelles/archives/2007/04/20070416-103441.html